Mardi 10 avril 2007
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Jusqu’ici, nous avons toujours soutenu de nombreux projets de conservation, tous initiés par d’autres personnes. Mais depuis le début de l’année 2006, nous travaillons dur sur l’initiation d’un projet pour un petit singe péruvien, le titi d’Alto Mayo. Après 6 mois de préparation nous espérons démarrer ce projet en mai par une première étude sur le terrain.
Le singe Titi d’Alto Mayo (Callicebus oenanthe) est une des espèces de singes les moins connues par le monde scientifique. On le trouve dans les forêts au nord-est du Pérou, autour de la ville de Moyobamba.
Il est probablement très menacé, mais à cause d’un manque d’informations, il est difficile d’estimer exactement son statut dans la nature. Cependant, compte tenu de la déforestation massive dans cette région, il est vraisemblable que l’espèce soit proche d’être éteinte.
C’est pourquoi, il est important d’entreprendre rapidement une étude sur la distribution et sur le statut du singe Titi d’Alto Mayo dans la nature. Plus nous acquerrons de connaissances sur l'espèce, plus nous pourrons agir efficacement en faveur de sa protection.
La présence du singe dans les forêts peut aider les associations locales à convaincre les autorités de conserver les forêts, qui ont une grande importance pour les populations humaines. Les rivières qui naissent dans ces forêts sont les seules sources d’eau potable pour des millions de personnes qui vivent dans la région.
La déforestation va avoir des effets notables sur le climat de la région, les précipitations vont diminuer et il y aura moins d’eau disponible pour les habitants. Normalement les arbres retiennent la terre des montagnes avec leurs racines, la déforestation provoquera donc une érosion des sols qui transformera les rivières en coulées de boue emportant les cultures. Les conséquences pour l’homme seront catastrophiques.
Nous sommes convaincus que nos actions peuvent faire la différence. La première étape de notre projet est une étude sur le terrain ; les résultats serviront à rédiger un plan d’action pour la sauvegarde du singe Titi et de son habitat.
Pour ce projet, nous travaillons avec l’association péruvienne IKAMA PEROU fondée par l’anthropologue française Hélène Collongues. Depuis des années cette association est très active dans la région de Moyobamba, non seulement pour la nature mais aussi pour les communautés indigènes. Nous avons recruté un primatologue espagnol qui débutera l’étude en mai prochain, aidé de deux assistants péruviens.
Nous avons estimé avoir besoin d’environ 6 mois pour le recensement qui s’effectuera dans une région difficilement accessible. Le coût total de l’étude est estimé à 25.000 euros. Le Conservatoire pour la Protection des Primates va financier le projet avec 20.000 euros et le zoo de Blackpool (Angleterre) a promis de faire un don de 5.000 euros.
Par Jan
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Mercredi 2 mai 2007
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16:19
Dans les news, vous avez lu que nous avons initié un projet de conservation pour le titi d’Alto Mayo. La première démarche de notre plan d’action est l’organisation d’une étude extensive dans la région de
la Vallée de Rio Mayo. Pendant cette étude, nous voudrions collecter des informations sur :
► La distribution de l’espèce
► L’utilisation de l’habitat par l’espèce
► Les différences de couleur entre les individus
► Les menaces principales pour l’espèce
Les derniers mois ont été passés à préparer cette étude. Nous avons contacté des chercheurs au Pérou pour avoir plus d’informations sur les conditions du terrain. Notre contact nous a fait parvenir des cartes détaillées qui vont nous permettre de mieux planifier notre étude. Après observations d’images satellites, nous savons maintenant où se trouvent encore des fragments de forêt et malheureusement il n’en reste pas beaucoup !
Avec l’aide des dons de nos sponsors, nous avons acheté du matériel pour notre expédition : un GPS, un caméscope, des tentes, des sacs de couchage, des sacs à dos et beaucoup d’autres choses. Nous avons reçu nos vaccinations et les billets d’avion ; notre expédition peut commencer !
Deux jeunes biologistes espagnols, Antonio et Fernando, vont rester trois mois au Pérou. Pour les premières semaines, je vais les accompagner afin d’établir ensemble les méthodes d’étude. J’en profiterai également pour visiter un autre projet de conservation et voir si nous pouvons leur donner notre soutien.
Pendant notre séjour au Pérou, nous essayerons par l’intermédiaire de notre site de vous donner toutes les semaines des nouvelles du projet.
Par Jan Vermeer
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Lundi 14 mai 2007
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20:42
Vendredi 04 mai, je suis arrivé à Lima (Pérou) pour rejoindre Antonio et Fernando, les deux biologistes qui vont faire l’étude sur les titis. Nous sommes arrivés tard dans la soirée dans la ville de Tarapoto, où j’étais heureux de trouver un lit après 30 heures de voyage !
Le samedi matin, nous sommes allés visiter le marché et nous avons été rapidement confrontés à un des problèmes de conservation de la nature : le commerce illégal de la viande de brousse. Plusieurs personnes vendaient de la viande de cerfs et de pacas, un rongeur. Ensuite, nous avons pris le taxi en direction de Moyobamba, notre base pendant l’étude. Nous avons été accueillis chaleureusement par Hélène et Carlos, initiateurs de IKAMA Pérou, une association française pour la protection de la nature au Pérou qui s’occupe surtout de singes laineux et singes atèles devenus orphelins à cause du commerce de viande de brousse. Je vous donnerais plus d’informations sur leur travail dans un prochain rapport de voyage.
Le dimanche, nous avons visité leur refuge au bord de Rio Mayo, avec pour objectif d’enregistrer les vocalises des titis et de les filmer. Nous avons eu de la chance : seulement 30 minutes après notre arrivée nous entendions un groupe. Nous sommes allés en leur direction rapidement, sans faire de bruit. Je me suis avancé un peu et j’ai réussi à enregistrer parfaitement leur chant et même à les filmer. C’était une famille de 5 à 6 individus. Bonne réussite ! Nous avons cherché encore d’autres groupes mais aucun n’a chanté et nous n’avons pas pu en observer d’autres.
Le lundi, nous sommes partis sur un site à environ 30 Kms à l’est de Moyobamba. Pendant le trajet, nous avons bien vu le taux de déforestation dans cette région ! Si nous voulons éviter l’extinction du titi, nous devons réagir rapidement. Après deux heures de marche dans les rizières et d’autres cultures, nous entendions les vocalises de plusieurs groupes de titis. Il reste donc encore des animaux dans ces petits fragments de forêt. L’accès est difficile mais au bout d’une demi-heure et beaucoup de griffures de branches, nous pouvons enfin observer et filmer un groupe de 5 animaux. Ils sont très farouches, certainement à cause de la chasse. Les gens les tuent pour les donner en nourriture aux chiens (!) et pour vendre les jeunes comme animaux de compagnie. Les fragments de forêt sont petits et j’ai peur pour l’avenir de ces animaux.
Le mardi et le mercredi, on se lève à 5 heures du matin pour partir. Ca va être notre rythme pendant l’étude. Les titis commencent à chanter vers 7-8 heures donc nous devons être sur place plus tôt. Une fois arrivés sur un site d’étude, nous demandons aux gens s’ils connaissent le titi. Nous montrons des photos et faisons écouter les vocalises que nous avons enregistrées le dimanche. Nous avons déjà remarqué que cette deuxième méthode est la meilleure. Après les interviews, nous essayons de trouver les singes. Ca n’a pas fonctionné le mardi et le mercredi. Les gens connaissent le titi mais probablement à cause de la pluie (toute la journée !) nous n’avons pas réussi à trouver les animaux. On va réessayer demain…..
Par Jan Vermeer
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Mardi 22 mai 2007
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14:04
La sensibilisation pour la protection de la nature est un des buts principaux de La Vallée des Singes. Nous essayons d’informer nos visiteurs de l’importance de la conservation de notre environnement au cours de nourrissages donnés dans le parc, par la rédaction du journal du Conservatoire pour la Protection des Primates et par ce site Internet.
La sensibilisation est aussi un des buts principaux de l’association Ikama Pérou. Avec des posters, des spots télé et des ateliers, ces membres essaient d’informer les habitants locaux et les autorités péruviennes sur la nature et ses problèmes. Chaque mardi, ils collaborent à une émission télé sur la nature. Ils parlent de déforestation, de braconnage et de projets de conservation. Et mardi dernier, ils nous ont demandé de venir pour parler de notre projet titi. Nous avons eu la possibilité de présenter notre projet et son but. Mais nous avons également expliqué que la protection du titi et de ses forêts sont très importantes pour l’avenir de l’homme dans la région. Les titis vivent surtout sur les bords des rivières. Or, la déforestation provoque l’érosion de ces rives, mettant ainsi en péril l’avenir de l’homme dans cette région. En effet, la rivière est très importante puisqu’il s’agit de l’unique source d’eau potable ; elle permet également l’irrigation des cultures et apporte les protéines animales (poissons). Nous espérons que l’émission aura un effet positif sur les activités destructrices de l’homme dans la Vallée d’ Alto Mayo. Le Conservatoire pour la Protection des Primates est donc maintenant aussi un peu connu au Pérou !
Par Jan Vermeer
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Vendredi 25 mai 2007
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17:03
Notre étude se passe bien. Nous avons visité déjà une vingtaine de sites pour chercher des titis, et nous avons trouvé des animaux dans douze d'entre eux. Ça ne veut pas dire qu’il en reste beaucoup. La plupart des sites sont des petits fragments de forêt avec seulement 2 ou 3 groupes de titis. Ces fragments vont sûrement disparaître dans les prochaines années, donc ces titis n’ont pas beaucoup d'avenir. Nous espérons trouver bientôt une forêt plus grande avec ces singes, mais je ne pense pas qu’il y en ait. Au cours de l'une de nos expéditions, nous avons visité une gare d’autobus. Notre guide nous a dit qu’il y a souvent des animaux à vendre, bien sûr illégalement. Et oui, très vite nous avons aperçu un singe aussi rare que le titi, un singe laineux à queue dorée.
Cette espèce de singe vit très haut dans les montagnes du Pérou et est très difficile à observer. Nous connaissons seulement un animal qui a vécu en captivité, dans les années 70 au zoo de Lima. Le fait que depuis deux ans quelques animaux apparaissent sur les marchés montre que les gens vont de plus en plus loin dans la forêt pour cultiver du café ou pour couper le bois. Une grande menace pèse donc sur ce singe rare.
Ce pauvre singe était attaché à une palissade, avec peu d’espace et pas à boire. Le vendeur nous a informé que le singe aimait surtout manger des glaces ! A notre retour chez IKAMA Pérou, Hélène (co-fondatrice du projet IKAMA) a directement contacté les autorités. Et quelle grande surprise : ils ont réagit rapidement. L’animal a été saisi et il (il s’agit d’un mâle d’environ 2 ans) est arrivé le soir même à Moyobamba, non pas transporté dans une caisse ou dans une cage, mais simplement assis sur le siège arrière d’une voiture, entre deux autres passagers ! Nous l’avons pris rapidement et amené au refuge. Il y a reçu de la bonne nourriture et quelques traitements vétérinaires préventifs. Il va très bien. La même semaine, un deuxième singe laineux à queue dorée a été trouvé par d’autres chercheurs dans un village dans les montagnes. Il s’agissait encore d’un bébé, très petit et fragile. Sa mère a sûrement été tuée pour être mangée. Ikama s’occupe donc maintenant de deux individus de cette superbe espèce en voie d’extinction. Nous espérons ne pas en trouver plus… Pour ceux qui souhaitent soutenir IKAMA pour leur travail de conservation au Pérou, merci de nous contacter.
Par Jan Vermeer
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